[Clubic] Déboires de Sony et de sa PS3

S’il y a bien une grande saga que je prends plaisir à suivre en ce moment dans le domaine du hi-tech et du jeu vidéo, c’est bien celle de Sony avec sa Playstation 3. L’histoire a commencé fin décembre 2010 et n’arrête pas de rebondir depuis, de mic-mac en rumeurs et de polémiques en démarches judiciaires. Voici un petit historique, basé sur les news publiées sur Clubic, pour s’y retrouver.

Avant toute chose, il faut préciser que le jailbreak de la PS3 date de bien avant décembre dernier, puisque différents procédés permettant de déverrouiller la console existent depuis août dernier. Ce qui a mis le feu aux poudres dernièrement, c’est surtout le décodage des clés de chiffrement de la console, qui l’ont immédiatement rendue vulnérable à tout un tas de choses dont Sony se serait bien passé – à commencer par le piratage pur et simple de jeux.

C’est donc le 30 décembre 2010 que la Toile a commencé à s’enflammer suite à une annonce réalisée par une équipe de hackers, nommée Fail0verflow, qui annonçait avoir cassé la clé de chiffrement permettant d’identifier les jeux officiellement acceptés par la Playstation 3. Les jours suivants permirent de valider cette annonce : la PS3 venait de tomber de façon très concrète, et même si l’équipe de hackers ne comptait pas proposer de moyen de pirater des jeux, la possibilité de faire tourner n’importe quel programme sur la PS3 offrait dès lors de larges perspectives.

Quelques jours après, ce fut au tour de George Hotz, alias GeoHot, hacker célèbre pour avoir été le premier à jailbreaker l’iPhone, de s’intéresser à la PS3. Il annonce avoir cassé la Master Key de la console, ce qui permet d’accéder à l’interface administrateur et de valider n’importe quelle application pour qu’elle tourne sur la console, comme des mise à jour personnalisées (custom firmware) qui ne tardent d’ailleurs pas à arriver.

Sony attaque GeoHot

Dix jours après le début des hostilités, Sony finit par sortir de son mutisme et explique le 10 janvier avoir « conscience des hacks » et travailler à les bloquer. « Nous allons régler les problèmes par l’intermédiaire de mises à jour, mais pour des raisons de sécurité nous ne sommes pas en mesure de donner plus de détails » explique la firme. Deux jours plus tard, on apprend que Sony attaque en justice Fail0verflow et GeoHot , qu’il accuse entre autres de violer le droit d’auteur puisque les hacks proposés permettent selon la firme de pirater des jeux : les choses sérieuses commencent !

Avant cette affaire, GeoHot était surtout connu pour son travail de jailbreak de l'iPhone.

S’ensuit une série de rebondissements dont GeoHot est le principal acteur : le tribunal fédéral de San Francisco hésite en premier lieu à instruire l’affaire, dans la mesure où le hacker réside dans le New Jersey – c’est-à-dire dans une juridiction différente. En parallèle, GeoHot n’hésite pas à parler de l’affaire sur les plateaux d’émission comme Attack of the Show où il déclare avoir « rendu Sony complètement fou« . Le jeune hacker a conscience de la bataille judiciaire qui s’annonce mais se veut confiant : « J’ai parlé avec les avocats, et je me rends bien compte que l’action attentée contre moi par Sony n’a pas de fondement ».  Et paf.

Pendant ce temps là, à Vera Cruz chez Sony, on cherche un moyen de freiner les hacks et de dissuader les pirates. Une rumeur évoque la possibilité pour l’entreprise d’intégrer des clés d’enregistrement à ses jeux pour les verrouiller sur un nombre limité de consoles. De quoi effrayer les joueurs, mais cette information ne sera jamais confirmée par Sony. Le 27 janvier, la firme publie une mise à jour pour bloquer les hacks, estampillée 3.56. Elle est contournée par les hackers quelques heures à peine après sa publication : c’est une nouvelle humiliation pour Sony qui travaillait depuis un moment sur cette update. Dès lors, la firme semble changer de stratégie et annonce son intention de couper l’accès au compte PSN des pirates. A cela s’ajoute une première victoire judiciaire pour l’entreprise japonaise, puisque la Cour de Floride, finalement décidée à instruire l’affaire, ordonne à GeoHot de donner son disque dur à Sony.

A partir de là, il semble que Sony se soit décidé à concentrer ses efforts via la voie judiciaire : fin février, la firme publie plusieurs annonces d’embauches sur son site Web, toute concernant des postes de juristes spécialisés dans la question du piratage : à problème technique, solution judiciaire ? Dans tous les cas, Sony gagne une bataille de plus quelques jours après, en obtenant du tribunal l’accès aux adresses IP des internautes américains ayant consulté le blog de GeoHot, mais également ses vidéos sur Youtube et des infos sur ses « retweeters » sur Twitter. Autant d’informations que Sony compte utiliser dans son dossier contre George Hotz, décidément bien mal loti dans cette affaire.

Et Sony continue d’attaquer, affirmant non seulement que George Hotz a menti au tribunal sur plusieurs points – il aurait prétendu ne pas avoir de compte PSN, or Sony affirme le contraire – mais qu’en plus le hacker a fui en Amérique du Sud. Une info que dément l’intéressé, qui indique être parti en vacances. Les avocats de GeoHot assurent que leur client coopère pleinement dans cette affaire, et cherchent à contrer les arguments de Sony point par point pour tenter d’invalider la plainte.

Les Anonymous s’en mèlent

Anonymous est un groupement qualifié d'hacktiviste en raison de ses procédés d'action, généralement des attaques visant à saturer les sites visés pour les rendre inaccessibles.

Début avril, le groupement hacktiviste Anonymous, qui oeuvre depuis un moment déjà contre les organismes désireux de protéger le droit d’auteur et ce qui va avec – verrouillage numériques, riposte graduée – annonce son intention de s’attaquer aux services en ligne de Sony pour soutenir GeoHot. Et en effet, les attaques ne se font pas attendre, notamment du côté du PSN qui subit des attaques DDOS entraînant ralentissements et instabilité des services. Les joueurs se plaignent, et Anonymous décide une semaine plus tard d’arrêter les attaques pour ne pas pénaliser les clients de Sony, sans pour autant mettre un terme à sa croisade contre l’entreprise japonaise.

C’est finalement le 12 avril, soit le lendemain des déclarations d’Anonymous, que Sony se fend d’un communiqué sur son site Internet, pour la première fois depuis le début de l’affaire.  Le fabricant indique que le litige entre GeoHot et la firme nippone a pris fin. Le hacker est finalement tombé sous le coup d’une injonction permanente qui l’empêche désormais de modifier les produits de Sony pour les jailbreaker, sous peine de devoir payer une amende allant de 10.000 à 250.000 dollars à chaque infraction.

Le communiqué de presse dégouline de bons sentiments : « Les deux parties ont exprimé leur satisfaction concernant la résolution rapide de ce litige » nous explique-t-on. Dans les faits, c’est moins sûr : sur son blog, GeoHot, haineux contre Sony, appelle ses partisans à fermement boycotter la marque. Le jeune hacker a par ailleurs versé 10.000 dollars, soit le restant des dons qu’il avait reçu pour payer son procès, à l’Electronic Frontier Fondation, une ONG défendant la liberté d’expression sur Internet. « Autant je ne respecte pas les hommes de main de Sony, autant je respecte le tribunal » a déclaré George Hotz, qui compte visiblement continuer d’une autre manière sa lutte contre les systèmes fermés, et plus précisément contre Sony.

L’après procès

On s’en doute bien, l’affaire ne s’arrêtera pas là : a priori, Anonymous n’en a pas fini avec Sony et même si le groupe a démenti avoir joué un rôle dans la chute du Playstation Network le 21 avril, les esprits veillent. Quant au piratage-même de la PS3, aucun procès ne pourra arrêter la machine lancée depuis la fin de l’année 2010 : la Playstation 3, longtemps tour imprenable dans le monde des consoles, est bel et bien tombée. Et ça, Sony ne pourra rien y faire. Affaire à suivre…

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